Serge Gainsbourg

"J'ai du succès mais pas en tant qu'auteur, chanteur, acteur... Uniquement parce-que je suis un personnage. Celui qui me voit une fois ne m'oublie pas."


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Feb 21

Sex, Drug and Rock’n’Roll

Nous savons tous que Serge Gainsbourg voyait la fin de sa décennie comme une vague irrésolue d’érotisme, comme il le montre dans sa chanson 69 année érotique.

Revenons sur cette époque, où la parole se libère enfin, où la pilule est en vente dans les pharmacies, où la majorité sexuelle à 21 ans est remise en cause, où des sex-shops s’ouvrent, où les femmes peuvent désormais maîtriser, à l’égal des hommes, leur plaisir et leur désir… Une époque qui bouleversera des générations entières et leurs modes de vie.

Serge Gainsbourg est présenté comme un homme aimant les femmes, il écrivait des tas de chansons pour un tas de chanteuses, à cette époque pas très reconnues mais qui deviendront grâce à lui, des icônes… Parmi celles-ci, nous retrouvons Bardot, Deneuve, Anna Karina, Gréco… et bien sûr Birkin.

Malgré son physique qu’il ne cessait de critiquer, Gainsbourg plaisait également aux femmes en retour. Elles étaient séduites tant par ses mots que par son romantisme, et sa grande timidité. Les femmes de sa vie ont su percer le personnage à travers cette carapace cynique. Il avouera d’ailleurs  un jour : «Je ne suis pas un cynique comme d’aucuns le prétendent. J’étais un jeune homme timide et romantique. Je suis devenu cynique qu’au contact de mon prochain qui m’agressait sur ma laideur et sur ma franchise. Ils ont confondu franchise et cynisme».

A la fin des années 60, Gainsbourg devient l’amant de Bardot, qui elle devient sa muse. Sa musique prend un tour érotique et plus délirant. Et en duo avec Bardot, il produit “Bonnie and Clyde”, “Harley Davidson” et “Comic Strip”. Mais l’aventure Bardot s’achève, et commence celle avec Birkin. En 1969, il enregistre avec sa bien aimée “Je t’aime moi non plus” , une chanson écrite au départ pour Bardot faite de paroles crues et où l’on entend des gémissements en fond sonore. Dans le couplet, Gainsbourg chante: “je vais, je vais et je viens - entre tes reins - et je - me retiens.” Puis Birkin lui répond avec les mêmes paroles.

Elle fut censurée dans de nombreux pays mais elle atteint le top en Europe et devient un classique.

France Gall et Serge Gainsbourg lors de l’enregistrement du titre : “Les sucettes à l’anis”

Il enregistre également “Les sucettes” chantée par France Gall qui ne se doutait pas une seconde que les paroles que Gainsbourg lui avait mit dans la bouche étaient sexuelles. Lorsqu’il dit:

“Annie aime les sucettes,

les sucettes à l’anis

Les sucette à l’anis d’Annie

donnent à ses baisers un goût anisé

Lorsque le sucre d’orge,

parfumé à l’anis,

coule dans le gorge d’Annie,

elle est au paradis”

Cette chanson a en fait un double sens et son sens premier fait référence à une pratique sexuelle. Le sexe est devenue le sujet de nombreuses de ses chansons.

Les textes de Gainsbourg donnent l’impression d’être longuement travaillés, et ont pour la plupart un double voir un triple sens. Il a une extraordinaire maîtrise de la musicalité des mots et des procédés littéraires.

Dans “69 année érotique”, si l’on analyse correctement la chanson, on remarque que sous la provocation du titre, se cache une déclaration d’amour touchante et le départ pour une année qu’il dit érotique.

“Ils s’aiment et la traversée,

Durera toute une année,

Il pardonnera ses caprices,

Jusqu’en soixante dix.”

Photo du billet de 500 francs brûlé par Gainsbourg, le 11 mars 1984 en direct sur le plateau de l’émission 7 sur 7


Gainsbourg revient en 1971 avec des chansons beaucoup plus sombres, traitant des sujets tels que la drogue, le suicide, la misanthropie… Son travail devient de plus en plus outrageant. Il a moins de succès qu’à la fin des année 60 mais garde son éthique de personnage qui choque et qui fascine à la fois. Celui-ci ira même jusqu’à brûler un billet de 500F en direct à la télévision devant des millions de téléspectateurs choqués.

Il créera une nouvelle polémique avec la chanson “Lemon Incest” où il chante en duo avec sa fille, Charlotte, âgée de douze ans. Dans le clip, Serge torse nu et Charlotte en chemise culotte sont allongés sur un lit, sans pour autant se toucher. Cette chanson aborde les thèmes de l’inceste et de la pédophilie mais en réalité, c’est une simple déclaration d’amour d’un père à sa fille. Elle est extraite de l’album “Love on the Beat” où l’on peut voir Serge Gainsbourg faire la pose déguisé en drag-queen.

Il fera plus tard des avances sexuelles à Whitney Houston en direct à la télé, Gainsbourg joue de plus en plus avec la provocation avec des chansons abordant aussi l’homosexualité “mon légionnaire”. Les chansons sur le sexe deviennent également parfois  plus pornographiques qu’érotiques: “love on the beat”(1984)

Le tabac et l’alcool sont les emblèmes du “Gainsbarre”, surnom ironique donné à Gainsbourg traduisant les addictions du chanteur et ses dérives. Ces comportements le rendent parfois sympathique aux yeux du public mais accentue son côté “provoc”.

Plusieurs chansons à ses débuts parlent du tabac et du plaisir de fumer, souvent associé à la conquête féminine et participant manifestement à sa propre séduction

“les cigarillos”au goût et à l’odeur forte, “ont cet avantage de faire  souvent le vide autour de moi”; “leur agressivité est toute en nuances”. ‘ils me valent souvent les adieux éplorés des femmes de qualité”.

Deneuve chante “tu es un fumeur de gitanes, je vois tes volutes bleues, me faire parfois venir les larmes aux yeux, tu es mon maître après Dieu”, toujours avec le double sens du séducteur invétéré; puis il répond “Dieu est un fumeur de Havanes, tout près de toi loin de lui, j’aimerais te garder toute ma vie”.

L’alcool lui permet de vaincre sa propre timidité et la plupart des émissions de télévision le montre dans un état d’ébriété; les paroles de chansons évoquent librement le sujet

“A coup de p’tits verres d’eau-de-vie, la plus belle cuite de ma vie sera pour tes funérailles, vieille canaille”; “t’as bu tout mon porto vieux chameau”

La condamnation est par contre totale en ce qui concerne les drogues dures.

Nous retrouvons le thème de la drogue dans plusieurs de ses chansons. Notamment dans la chanson “Aux enfants de la chance”:

“Ne commettez pas d’imprudences
Surtout n’ayez pas l’impudence
De vous faire foutre en l’air avant l’heure dite”

Dans ce passage, il tente de dissuader les enfants de toucher à la drogue.

Il parle même de “casser la gueule aux dealers, qui dans l’ombre attendant leur heure”. Il a une grande haine envers les gens qui profitent de ce commerce.

Lors d’une interview à la télé, un présentateur fait remarquer à Gainsbourg qu’avec toute les chansons qu’il fait en rapport avec la drogue, ses enfants pourraient être tentés d’y goûter… Celui-ci répond sèchement : “Si un jour je vois Lulu ou Charlotte toucher à la drogue, je met fin à ma vie”

L’état de Serge s’aggrave, il apparaît de plus en plus comme une loque humaine et ses addictions finissent par l’isoler. Il supporte mal sa séparation avec Jane Birkin et s’enfonce plus loin dans la provocation lors de la fin de sa carrière.


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